Poésie et Barbarie

« Notre parole, en archipel, vous offre, après la douleur et le désastre, des fraises qu’elle rapporte des landes de la mort, ainsi que ses doigts chauds de les avoir cherchées ». Ainsi parle René Char, cette voix de la liberté en poésie, cette voix vive qui affronte la mort, cette voix du matin à minuit.

Non la poésie n’est pas un vain jeu de mots, bien au contraire elle libère avec le sérieux de la joie les paroles de vie là où l’obscur et la mort empêchent les étoiles de briller. Au cœur du chaos le plus brutal, de la guerre sans loi, celui qui habite le monde en poète, trouve par instinct la beauté même de l’éclosion de la vie.

Par ces temps d’une barbarie qui de nouveau tue, un gardien de la paix, des dessinateurs impertinents, des badauds un soir de fête nationale, des amateurs de sport ou de hard rock à moins que ce ne soient des dîneurs, amoureux paisibles, la poésie n’est pas un luxe mais la nécessité de recueillir ce qui fait encore et toujours sens, telle une jeune femme peut cueillir de jeunes fruits face à la mort.

Michel Barat