Michel Barat

Editorial

Nos temps contemporains sont ceux de la technique, une technique
qui ne facilite pas simplement la vie quotidienne, qui n’augmente
pas simplement la puissance de production, mais qui modifie notre
rapport au monde.

Certains même pour définir notre postmodernité
pensent que nous sommes d’abord en relation avec un univers
d’objets techniques avant de l’être avec un monde naturel. Le vœu
de Descartes de devenir « maître et possesseur de la nature »
semble s’être accompli au point même que cette maîtrise et cette
possession s’étendent sur toute femme et sur tout homme, au point
que la communication s’est substituée à la conversation, au point
peut-être même que ce sont les hommes et non pas les animaux
qui sont devenus des machines, des automates.

Nous échangeons des messages, parfois codés dans la langue technique des SMS, qui s’est substituée à un argot pittoresque pour se faire abréviation généralisée.

Et pourtant cette prolifération des codes, en vagues de
signaux qui ne sont plus des mots, témoigne d’un besoin
grandissant mais étouffé de dire et surtout de se dire à soi et entre
soi.

Dire les êtres et les choses, se dire quelque chose, prononcer
une parole qui n’est pas un flux mais un arrêt sur ce qu’on dit, parler
à l’autre ou à soi-même, cet autre qui nous est peut-être le plus
proche, en un mot non pas user d’un langage réduit à un code mais
s’adonner à une parole qui fait monde.

Cela porte un nom, celui de la poésie, de la poésie qui libère la parole des femmes et des hommes, qui leur donne l’amour des autres et d’eux-mêmes et leur rend le monde.

Même si le poème s’écrit seul, la solitude de l’écriture se fait parole partagée. Dans nos temps du flux technique, le besoin de la parole vive du poème est un désir de jeunesse, d’une jeunesse venue du monde entier, sans distinction aucune, mais qui ne souhaite que redonner vie aux mots et donner des mots à la vie.

Michel Barat

Recteur honoraire, Président d’honneur de Poésie en liberté.

Docteur d’Etat ès lettres, section philosophique, titulaire de l’agrégation et du Capes de philosophie, il commence en 1971 sa carrière dans l’enseignement secondaire. De 1981 à 1993, il est directeur des études, puis directeur adjoint au centre national de formation des professeurs de Montlignon.

A partir de 1993 et jusqu’à 2000, il occupe les fonctions de directeur général du pôle universitaire Léonard de Vinci. Depuis 2003, il était vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie. De février 2008 à mars 2016, Recteur de l’Académie de Corse.

Michel Barat est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il est Officier de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre national du Mérite, Commandeur des Palmes académiques.