Prix spécial de l’humour Jean L’Anselme

Jean L’Anselme (1919-2011) est né un 31 décembre à minuit, ce qui, convenons-le, plaçait d’office son existence sur des rails peu communs. C’était un poète de l’humour, ni niais ni facile, où le potache peut être subtil, où le rire permet de s’interroger sur le monde. Jean L’Anselme avait été résistant, il savait le prix de la vie. Proche de l’art brut, c’était un ami de Jean Dubuffet, ainsi que de Gaston Chaissac. Membre du jury du Prix Apollinaire, l’un des plus prestigieux Prix de poésie, il l’était aussi de celui du Prix de l’humour noir. A la Sorbonne, nous l’avions fêté, pour ses quatre-vingt-dix ans, avec quelques-uns de ses amis, dont la chanteuse Martine Caplanne, intense interprète des poètes, et la comédienne Danièle Evenou, qui en est une formidable diseuse. C’était également un réjouissant auteur d’aphorismes, sous le pseudonyme unique de Maxime (prénom) Dicton (nom de famille). En voici deux : « La course du guépard est superbe ; c’est un spectacle inoubliable mais fort rare car, généralement, on court devant. », ou encore « Il ne faut pas laisser un con au repos sinon il se prend pour le roi ».

Aujourd’hui, Poésie en liberté crée un Prix spécial de l’humour Jean L’Anselme. Nous sommes honorés que son fils, Jean-Philippe Minotte, nous ait autorisés à lui donner son nom. Aucune forme d’humour ne lui était étrangère, et il est l’un des plus grands poètes du XXème siècle (et du début du XXIème).

A vous, désormais, d’écrire sous sa bienveillante attention.

Matthias Vincenot

Voici un poème de Jean L’Anselme, paru dans La foire à la ferraille (Editeurs français réunis, 1974).

Art poétique

Vingt fois sur le métier

dépolissez l’ouvrage,

un vers trop poli

ne peut pas être… au net.

Méfiez-vous des vers luisants !

Faites du vers dépoli

votre vers cathédrale.

Un poème au pied bot

ne peut être que bancal.

Et deux poèmes de Jean L’Anselme, parus dans Le ris de veau (éd. Rougerie, 1995)

L’émigrant

Pas de travail.

Pas de famille.

Pas de patrie.

Vive pétrin !

C’est le grand amour

Elle avait des lunettes

Et lui aussi

Si bien qu’ils se voyaient mieux

Pour se regarder dans les yeux.

Elle avait un Sonotone

Et lui aussi

Si bien qu’ils s’entendaient bien

Et restaient sourds à tout ce qui les entourait.

Mais il avait un grand nez

Et elle était obligée de se mettre très en biais

Pour l’embrasser

Et sa moustache

Ça la chatouillait…

Il n’y a pas de bonheur complet.

Matthias Vincenot, Poète, Docteur ès Lettres,
Chevalier des Arts et Lettres, Directeur artistique de Poésie en liberté.


Prix spécial Jean L’Anselme
de l’humour

Pas de thème imposé
Forme humoristique
Maximum 30 vers ou lignes