Blog du Président

Les émotions ne sont pas neutres : elles s’imposent aux humains. La médiation par la parole peut les humaniser pour éviter qu’elles ne soient barbares.

Des émotions barbares font la une des journaux et correspondent à la présentation d’un monde sans nuance : colères et indignations bloc contre bloc, foule contre bouc émissaire. « La vérité n’existe pas », la dérision sert d’analyse : tel est pour d’aucuns le nouveau credo. Ces émotions ont souvent offert leur violence motrice aux bouleversements petits et grands.


L’éducation, notamment littéraire, a précisément pour ambition d’offrir la médiation de la parole, des mots. De préférer la complexité et la différenciation. De chercher à l’indicible de la souffrance sociale ou intime une expression par l’invention d’un nouveau langage, par une création verbale d’éclaircissement et si possible d’espoir.

Le poète est toujours encore un éclaireur. Il fait  l’effort d’aller au différent, au nouveau, à l’autre. Essai salutaire de mettre l’autre à la hauteur de soi. Les émotions exprimées par la langue des hommes interpellent  l’humain en nous pour tenter d’arracher les émotions violentes à leur potentiel barbare.

Pour autant faut-il naïvement prêcher l’amour universel, de préférence avec un grand A ? C’est tout aussi dangereux, s’il s’agit ainsi d’exiger de tous une égale dévotion à autrui : les essais déjà faits s’appellent totalitarismes.

Il s’agit de créer une culture vivante et diverse dans une société de droit. Chaque fois que l’on fait cet effort de création, on y contribue. La force créatrice de la poésie doit être capable de se frayer sa place. En liberté.