Anthologie progressive

Louis-Pier Sicard est étudiant en littérature à l’Université du Québec à Montréal.

À 23 ans, il est lauréat de trois prix d’écriture : la deuxième place au concours Flammes Vives dans la catégorie Jeunes poètes en 2011,  le premier prix Poésie en Liberté en 2014 dans la catégorie Étudiants étrangers et le Prix des Internautes 2014.

Son premier recueil de poésie Les Amants de l’abîme est publié en 2013. Au printemps 2015, les éditions ADA au Québec publient les deux premiers tomes de sa série Fantastique Felix Vortan – Les Orphelins du roi et La Forteresse rouge – L-P Sicard a par ailleurs participé à plusieurs revues et publications lors de la grève étudiante québécoise de 2012.

Page facebook : https://www.facebook.com/lpsicard

Poème

LA VIOLONCELLISTE

Novembre se pâmait en neiges ténébreuses,
Sous les clartés vermeilles,
Et le soir, brandissant sa lune impétueuse,
Violait le soleil.

C’était l’heure odieuse où les bêtes ivrognes
Sortaient de leur taverne,
Chancelant et gueulant par leur stupide grogne
D’obscènes balivernes.

Toi tu étais assise à même la ruelle,
Près de maigres tisons,
Et les lointains soupirs de ton violoncelle
Caressaient l’horizon.

Le Printemps sous tes doigts fleurissait de misère
Pour ces promeneurs ivres
Et ton vieil étui recueillait plus de glaire
Que d’effigies de cuivre.

Et tu jouais toujours, navrante vagabonde,
D’un bras exténué,
Recelant chaque fois tes plaintes furibondes
Au travers des huées.
Je t’aperçus alors hasardant ton concert :
L’amour et la pitié
Grimpèrent sur mon coeur comme ton rire amer
Sembla m’ensoleiller.

Alors je m’arrêtai sous ton air envoûtant
Pour doucement poser,
Entre tes doigts anémiés et grelottants,
Une main malaisée.

Sur nos regards figés encor je me rappelle
Des larmes partagées
Et du silence obscur dont nos mémoires frêles
Se seront affligées.

– Quelle poltronnerie, quelle peur, quelle gêne
Me retinrent alors
De t’emmener loin des risées et de la peine
Pour t’aimer sans remords?

Depuis lors, ton archet habite mon malaise
Et mes regrets immondes,
Comme un millier d’échos, pris entre deux falaises,
Sans trêve se répondent.

Ne pardonne jamais ce fourvoiement soudain
De t’avoir délaissée
Parmi ces philistins te prenant en dédain,
Ô pauvre trépassée!

Garde vive ta rage et fébrile ta haine
Pour que lorsque l’Angoisse
M’aura fait son esclave, on puisse en la géhenne
Flageller ma carcasse!

Car comme tu voyais sur l’avenue troublante
Mon pas s’évanouir,
Moi je savais qu’en cette allée de mes tourmentes
Je te laissais mourir.