Anthologie progressive

Max Alhau est né à Paris en 1936. Il a été professeur de lettres modernes et chargé de mission pour la poésie à l’Université Paris X-Nanterre. A consacré sa thèse de doctorat à «  Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen » ( Paris III, 1982 ). Il est membre du comité du PEN Club français.

Poète, il a publié une vingtaine de recueils, parmi les derniers :

  • A la nuit montante ( Voix d’encre, 2001 )
  • Proximité des lointains ( L’Arbre à paroles, 2006, Prix Charles Vildrac de la S.G.D.L. )
  • D’asile en exil ( Voix d’encre, 2007, Prix Georges Perros )

Critique, il collabore ou a collaboré à Autre Sud, Diérèse, Europe, La N.R.F. et est traducteur de l’espagnol.

Poème

On se dit que la forêt en proche
où l’on pourra passer le temps au crible.
La mémoire ne connaît pas la cendre :
nous ne sommes captifs de rien
et même les fourrés, les épines
ne contrarient pas notre marche.

Nulle hâte ne nous est concédée.
La fin ou l’origine, qu’importe la trajectoire
puisque c’est toujours ailleurs
que nous portons nos regards
et que le terme du voyage,
nous le souhaitons inconnu.

Que tu sois ici ou plus loin dans le temps,
tu ignores le lieu où les racines et les arbres
désignent l’immobilité,  l’imperturbable.
Tu marches mais tu sais que sans cesse
tu reviendras à ton point de départ.
Tu sais que ta mémoire faiblit
pour mieux se résigner à sonder
ce qui depuis des lustres n’est plus
qu’une trace à peine discernable.

Une pierre, une feuille et tant de témoignages
devenus des mots divaguant sur la page :
tu as perdu l’objet de ta quête.
Les cartes sont muettes, les voyages remisés.
Tu es ici ou là mais toujours à l’écart,
perdu pour ton regard et muet
sur un chemin de traverse.

On voudrait s’emparer d’une branche de saule
ou même d’une fleur et dire qu’un chemin
conduit au plus près de soi-même.
Mais la confiance s’amenuise,
on ne parie que sur l’invisible,
sur des sommets que troublent les nuages.

C’est bien cela qui compte,
une géographie hors de portée,
des fleuves aux noms secrets, des îles englouties.

Que l’on marche, que l’on s’affronte au vide
et l’on comprend que le terme accompli,
il suffira de se retourner
pour que les lieux perdus nous soient restitués,
pour que la mémoire l’emporte
sur le blanc et l’absence à jamais naufragée.

(inédits)