Blog du Président

Vous l’avez déchiré. Vous l’avez effacé de votre ordinateur. Vous ne voulez pas transmettre votre poème. Aussitôt écrit, il est dépassé. Vous en écrivez déjà un autre qui doit mieux dire ce que vous cherchez à exprimer.


Vous en avez décidé ainsi, sans pression de personne.

Vous voulez conserver la «parole parlante », celle qui parle à l’intérieur de vous, sans l’existence du texte.

Il arrive souvent que des auteurs ne publient pas certains de leurs textes et demandent qu’on les brûle. Pourtant longtemps on s’interdisait de brûler les livres, on les enterrait comme un ancêtre vénéré, car ils transmettent l’ancien savoir.

Le poème déchiré n’est pas toujours un texte inabouti ou insuffisant. Il est doute, hésitation, incertitude affolante. Il est refus d’être « poète patenté ». Il est humilité et tâtonnement.

Ce poème en danger prend sa source dans notre fragilité commune. Il exprime peut-être le plus difficile et aussi le plus …intéressant.

Il mérite alors d’être partagé pour trouver cet autre moi-même qui s’en nourrira.