Blog du Président

Le poème envoyé est un cadeau : comment sera-t-il reçu ? Avec bienveillance, avec scepticisme ou avec des pincettes ? Après tout, c’est un vrai risque où l’on s’expose, où l’on se confie et où toute intimité est légitime.

Tout don appelle un contre-don pour apaiser les tensions, payer un prix en contre-partie. Les prix décernés sont une partie de la rétribution. Ils ne récompensent pas tous les participants. Alors, et les autres qui sont l’immense majorité ? Eux ont droit au silence, à l’anonymat protecteur. Personne ne connaîtra jamais le nom de l’auteur sans récompense : ni les membres du comité de lecture ou du jury, ni les organisateurs du concours. La machine informatique permet la sauvegarde secrète des données et l’espoir de la maturation du participant à l’occasion d’autres échéances. C’est comme si le poème restait dans un carnet secret qui ne sortirait jamais du tiroir le plus secret de la chambre la plus retirée.


Mais un contre-don a été opéré par la lecture des poèmes écartés. Du temps a été offert. Chaque texte a retenu l’attention et a été discuté. Et c’est précisément ainsi que le risque pris est récompensé : un poète, un artiste, un étudiant, un ancien lauréat et des passionnés de poésie ont parlé de chaque poème avec respect, curiosité et bienveillance, conscients du poids de leur décision.

Le don accompagné de son contre-don apporte le pardon. Pardon de ne pas publier plus de poèmes, pardon de ne pas envoyer aux milliers de jeunes poètes un message et un avis, pardon de parfois décevoir des talents qui ont déjà un beau palmarès à leur actif ! Nous vous tendons la main pour faire route ensemble ! Pour faire vivre la langue, la fraternité, la rencontre !