Conseils d’Étienne Orsini : Président du Jury 2018

Beau poème ne saurait mentir ! La poésie est une école de vérité qui permet d’affiner, tout au long de la vie, la connaissance que l’on peut avoir de soi-même et du monde.

Partant de là, le poète doit se mettre à l’écoute de ce qui, au plus profond, le transporte, l’étonne, le met en colère, l’émeut, le fait rire ou pleurer. Il doit s’écouter écouter et non s’écouter écrire.

La poésie n’est pas étalage, mais retrait. Vous pouvez vous retirer en disant Il ou Je. Vous pouvez -et vous devez !- vous retirer, mais uniquement pour mieux revenir, avec élan et générosité, comme la mer en remontant nous gratifie de son bouquet d’écume.

Le premier mot, s’il est étrange, est souvent le bon. Aussi, n’hésitez pas à le prendre en filature. Il vous emmènera en des lieux peuplés d’images surprenantes. Puis, une fois cette mission accomplie, il s’effacera peut-être pour toujours du poème ou cèdera la place au deuxième.

Un poème qui ressemblerait trop à un poème en serait tout sauf un. Combien de textes sentent leur recette apprise par cœur ? On y trouve invariablement les mêmes ingrédients. Ces cœurs en bandoulière ou qui battent la chamade, ces ô, ces ciels d’azur. Méfiez-vous desdits ingrédients, des mots grandiloquents, des apostrophes prétendument lyriques, des adjectifs ou adverbes ventripotents. La poésie n’a pas besoin de s’afficher comme telle. C’est en toute simplicité qu’elle sait se faire reconnaître.

La rime n’est pas un crime, de même que son absence ne vient pas contrevenir à la bienséance. S’il est vrai, votre poème sera libre, même en alexandrins.

Enfin, ne rechignez pas à la taille si elle s’avère nécessaire. Ne regrettez pas ce vers que vous vouliez caser à tout prix, mais qui, de toute évidence n’a pas sa place dans votre texte. Il saura s’envoler vers un autre poème. Et si, au lieu du quatrain escompté, les Muses vous inspirent une simple paire de mots, dites-vous bien que le feu est né de deux silex, frottés l’un contre l’autre.

Et maintenant, oubliez ces conseils ! Ne faites plus qu’un avec l’élan qui vous anime et qui vous mènera jusqu’en bas de la page et si loin en vous-même !

Étienne Orsini

Etienne Orsini

Né en 1968, Étienne Orsini a publié son premier recueil en 2004 ; préfacier de son quatrième livre, Salah Stétié salue « des textes brefs, incisifs, disant la présence voilée des choses qui recoupent et traversent notre chemin ». Et Michel Cazenave d’évoquer à son sujet le « vertige de la pensée… vertige de la parole qui tente de la traduire ». Plusieurs de ses poèmes ont été mis en musique par l’ensemble  Le Fil du Rêveur. Depuis 2014, il est en charge de la programmation culturelle et poétique de L’Espace Andrée Chedid.