Blog du Président

Thomas Deslogis, Poète d’actu sur Fluctuat, se bat pour la poésie. Je lui adresse ce petit courrier avec tout le respect que l’on doit à son travail. Et pour partager avec lui une réflexion sur des éléments du contexte souvent occultés.

Vous vous alarmez de l’état de la poésie, « cet art mort, ou tout comme ».

Il serait étonnant que la poésie soit seule à souffrir de ce mal profond et, en partie, informulé que vous évoquez dans un récent article d’un quotidien français.


Je ne me place ni en juge de votre propos ni en arbitre des courants poétiques existants. Je suis aux aguets, en attente passionnée des poèmes d’auteurs jeunes ou vieux, mais vivants à tous les sens du mot. Je n’attends pas au bord du désert des Tatares. J’attends comme l’araignée dans sa toile : que la vibration me tienne en éveil…

J’attends que des quatre parties du monde, tout jeune francophone se prenne dans ma toile. Il en vient chaque année 5000. J’en garde pour publication 100, faute de pouvoir davantage, dans une anthologie annuelle. Ils ont de 15 à 25 ans, se plient aux règles nécessairement arbitraires du concours international « Poésie en liberté ».

Je reçois des perles de tous les horizons. Des poètes, des artistes, des professeurs, des amateurs exquis, des professionnels suturés de mille combats s’enthousiasment avec moi d’une passion pleine d’espoir.

Venez, Monsieur, partager ces heures inoubliables.

Venez creuser avec nous le sens des crises de la langue et de l’art et leurs sursauts inespérés.

Je vous le répète, à vous à qui je voue une estime d’homme à homme à la lecture de vos textes : la convulsion historique de la poésie est davantage une crise de mutation qu’un râle de moribond.

Mais attention : le moribond pourrait bien être la civilisation occidentale elle-même, qui donnerait en même temps l’alerte d’une menace touchant l’espèce humaine.

Compagnons des abeilles, nous voilà entraînés dans une spirale infernale. Qui annonce notre perte. La menace mortelle pesant sur la poésie ne serait alors que le symptôme cruel de notre fin qui approche.

Nous avons coupé les sarments de nos racines, cessé de lire et, peut-être, de comprendre les anciens (latins, grecs, antiques et médiévaux), cessé de respecter notre langue et nos auteurs. Et n’ayant plus de prédécesseurs, nous nous plaindrions de manquer de successeurs.

Suffira-t-il de s’accrocher au présent, à ses modes, à ses inventions techniques, ses prodigieux outils si magiques ?

Une seule question vaut d’être posée : l’humanité est-elle un bien nécessaire ? Alors la parole, donc la poésie, est nécessaire, elle aussi.