Anthologie progressive

Laurence Bouvet est née à Saint-Mandé dans le Val de Marne en 1966. Psychologue clinicienne, psychanalyste et poète, elle considère qu’écrire est d’une certaine manière oser traverser le miroir des évidences. Poète de l’intime, elle explore les sphères de la mélancolie, de la solitude, de la mort, de la folie et du désir et ne se prive pas de triturer le langage pour arriver à ses fins. Elle participe à des revues poétiques (papier et en ligne), des anthologies,  obtient le prix Arthur Rimbaud de la Société des Poètes Français en 2005, a publié deux recueils aux Editions de l’Harmattan ( Traversée obligatoire, 2009 / Unité 14, 2010 ) ainsi qu’un recueil aux Editions Bruno Doucey, 2013, « Comme si dormir ».

Poème

Ce pays accouru

Nous parlons d’un lieu naissant, étrangers à la précision du temps qui nous gouverne.

Nous parlons comme si le silence était cette brûlure, ce chemin du vivant conjurant les ténèbres. Le lieu d’où nous parlons est plus grand que notre courage, plus infini que notre sang.

Les mots sont en retard sur la source qui les fait naître ou en avance. Ils ne font confiance qu’à la sève de leur exil. Il n’y a pas de boue à la semelle de leurs sabots, aucun désastre ne les a précédés, aucun secret.

La sueur perle déjà sur les fronts de solitude. Le bruit autour est un talisman et nous courons après les signes du ciel ignorants du geste accompli, ivres du possible sous le feuillage, libres avant d’être nus. Une main aveugle rompt le destin des corps sans les brusquer, le vide et l’intention sont un seul et même tabernacle plus sûr que la ligne d’horizon. Orpheline et discrète la main reconnaît l’avancée dans la plaine puis achevant son risque au sommet de nos souffles, accourue, elle est cette branche que l’arbre remercie.

Laurence Bouvet