Anthologie progressive

Ariane Dreyfus, née en 1958, vit et enseigne en région parisienne. Elle anime aussi des ateliers d’écriture. Recueils : Les miettes de Décembre (Le Dé Bleu, 1997), La durée des plantes (Tarabuste, 1998, puis 2007 pour l’édition revue et corrigée), Une histoire passera ici (Flammarion, 1999), Quelques branches vivantes (Flammarion, 2001), Les compagnies silencieuses (Flammarion, 2001), La belle vitesse (Le Dé Bleu/Cadex, 2002), La bouche de quelqu’un (Tarabuste, 2003), L’inhabitable ( Flammarion, 2006, Prix des découvreurs 2007), Iris, c’est votre bleu (Le Castor Astral, 2008), La terre voudrait recommencer ( Flammarion, 2010), Nous nous attendons (Reconnaissance à Gérard Schlosser) (Le Castor Astral, mars 2012), La lampe allumée si souvent dans l’ombre (José Corti, collection « en lisant en écrivant », 2013) ; Le dernier livre des enfants, Flammarion, 2016.

Poème

Pia est revenue encore

Mon rêve l’a lavée de sa mort

*

Le jour est rentré dans cette nuit,

Plus que le jour, une nuit qui respire terriblement partout, le sol tendrement défoncé, les souffles qui parlent, toi, je ferme très fort les yeux pour écraser le temps,

Toi dans son manteau gris

Tu m’attires, moi endormie

Et me secoues pour la bonne nouvelle :

« On s’est trompé »

Les rêves sont un réveil :

Mais qu’est-ce que c’est que cette fleur ?

Mais j’ai les yeux fermés, mais quel bouquet !

Je la serre aussi vite qu’elle l’a dit

Car les rêves n’attendent pas

Plus que la vie

L’oubli nous entoure, l’oubli nous serre

« On s’est trompé sur ma mort », me dit-elle à chaque rêve. Et elle sourit. Bouquet mis dans l’eau.

J’ai pu la tenir serrée tant

Que j’ai dormi.

Ta main !

Tout entière dans les secondes de la nuit,

parfum touché par erreur ?

Les rêves redressent les fleurs cassées.

L’amitié était mon nom quand elle m’appelait,

je ne sais plus si je me retournais à droite ou à gauche

Quand certains sourires sont des racines qui sont entrées.

Qui ont crû.

Mais le cœur est une terre sans cesse labourée

Et rien qui dure qui soit l’été longtemps.

Une fois on creuse la terre plus profond

Au même endroit

Pour ce corps follement un

Le passé m’emplit pelle à pelle

Mais je ne sais pas où la terre tombe.

Je te donnerai une fleur du jardin que j’aurai

Sans la cueillir.

Ariane Dreyfus, extrait des Miettes de décembre, Le dé bleu, 1997