Blog du Président

Je n’avais alors pas loin de dix ans. Ma mère, femme pieuse, me conduisait tous les matins à six heures servir la messe dans un couvent franciscain, petit bijou gothique à l’écart du village. La moitié de l’année il faisait nuit, pour moi toujours d’un noir profond pour que ma mère ne m’y envoie pas seul.


Nous longions le village. Ma petite main serrait celle de maman bien fort. Tous les sens aux aguets : pour moi, chaque aboiement au loin était un loup, chaque bruissement du vent dans les branches, des esprits !

Je connaissais le moindre détail du sentier. Les ombres silencieuses des maisons tassées formaient comme un amas étrange et plein de frissons.

J’entendais l’eau bondissante de mon ruisselet familier. Je savais que nous n’étions plus très loin. Le sentier n’allait pas tarder à déboucher sur une méchante route mal goudronnée, mais sans trous ni ornières inattendus.

Au croisement, d’immenses sapins sertissaient le calvaire qui, avec son crucifié, achevait de faire trembler mon enfance.

C’est pourtant là qu’arrivait la délivrance. Maman se penchait et d’une voix douce m’indiquait au loin la petite chapelle : «Tu vois la lumière là-bas ? Va, cours maintenant ! »

Et depuis je n’ai plus  cessé de courir vers la lumière !