Anthologie progressive

Jean-Luc Moreau (né à Tours en 1937) est l’auteur d’une dizaine de livres de poèmes, dont plusieurs destinés aux enfants (L’arbre perché, Editions ouvrières, 1980 ; La bride sur le coeur, Maison de Poésie, 1990 ; Poèmes de la souris verte, Hachette jeunesse, 1992 ; Poèmes à saute-mouton, ib. 2003 ; Donne ta langue au chat, Gautier-Languereau, 2005 ; Dans ma famille, ib, 2005). Il a également publié des récits (Quel filou ce renard ! Classiques du Père Castor, Flammarion, 2006 ; Les Maléfices de Barbeverte, Hatier 2010), des anthologies, ainsi que de nombreuses traductions, notamment de l’estonien, du finnois et du hongrois. Il a enseigné le russe, de 1963 à 1967, à la Faculté des Lettres de Lille, puis, de 1967 à 2007, les langues et littératures finno-ougriennes à l’institut National des Langues et Civilisations Orientales.

Poème

LE ROSEAU

Méditation

Un roseau pensait : « Je pense,
Donc, pensait-il, c’est qu’en somme
Je suis. Mais que suis-je ? Un homme ?
Et le suis-je, en récompense
Du fait que parfois je pense
Que je pense… que je pense…
Que je pense, pense comme,
Quand il pense, pense l’homme ?
Mais qui sait, quand on y pense,
Ce que l’homme et moi nous sommes ?
Penser, l’homme, ça l’assomme,
Et quand l’homme fait un somme
Ou ne pense qu’à sa panse,
Moi le roseau, je compense ;
Sans compter je me dépense
A penser, sans qu’il me somme
D’être sa bête de somme…
Mais alors, j’y pense, l’homme,
Est-ce bien celui qu’on pense ?
Ne faut-il pas qu’on me nomme –
Moi, le roseau, moi, ma pomme –
Le surhomme ?

Quand je pense, moi… j’y pense !
Jean-Luc Moreau