Blog du Président

Caroline a mis sa voix au service de la poésie : et le verbe s’est fait chair !

Sa vibration nous la rend, à la fois proche et lointaine.

La poésie parlée, dite à un public physiquement présent, agit d’une manière autrement puissante : l’artiste est un orateur de substitution qui réagit au moindre signal du public, au bruit d’une chaise, au rire étouffée ou irrésistible, au silence plus dense. La lecture y puise de nouvelles modulations, y réagit avec une volonté nouvelle de toucher et d’éveiller.


L’oreille n’a pas de paupière et ne peut échapper à la musique et à la force créatrice des mots.

Pour l’artiste, la parole fait l’objet de soins intenses et ne peut céder au formatage des systèmes de communication (différent pour un feuilleton ou pour un article de presse, mais structuré en nombre et en niveau de langage selon des méthodes statistiques impératives : la langue de bois et le langage formaté ne faisant qu’un).

La capacité à toucher le public s’arme du texte de l’auteur et du talent de celui qui lit. Du René Char servi par le talent de Caroline Beaune est un moment unique.  Je dis bien « servi ».  Jamais Caroline ne s’attribuait le mérite de la performance. Trop consciente de ce qu’elle devait à l’auteur, à la cohorte des comédiens, des professeurs, des artistes qui façonnent une culture.

L’émotion maîtrisée traverse l’artiste. Il laisse le passage, cède la priorité à la plus haute tradition, à celle qui a préparé l’esprit du public présent à être réceptif au génie de la langue et à l’expression sublime des émotions.

L’humilité des grands artistes n’est pas une minauderie. Elle vient de la conscience qu’ils ont  de leur place dans la grande chaîne de la culture vivante d’un peuple. Caroline Beaune est de ceux-là.