Anthologie progressive

Michel Baglin est auteur d’une trentaine de romans, essais, recueils de poèmes et de nouvelles, Michel Baglin, né en 1950 à Nogent sur Marne, est également critique et anime le site revue-texture.fr. Après la fac et divers « petits boulots », il est devenu journaliste. Chambelland a publié son premier recueil en 1974. Il a obtenu en 1988, pour « Les Mains nues » (l’Age d’Homme éd.), le prix Max-Pol Fouchet, dont il a été par la suite membre du jury international pendant plus de 10 ans. Derniers ouvrages publiés : « De chair et de mots », (poésie, Le Castor Astral), « La Part du Diable » (nouvelles au Bruit des autres éd.). « Un présent qui s’absente » (poésie, éd. Bruno Doucey), « Dieu se moque des lèche-bottes » (Farce théâtrale, éd. Le Bruit des autres).

Poème

Voix vives

Le premier vers nous est donné,
disait Valéry qui enjoignait pour les suivants
de tisser leurs échos de musique et de mots
dans le silence de l’atelier.

Mais dans le bruit de sa ville aujourd’hui,
que dirait-il d’un pareil foisonnement
de joutes de poètes au coin des rues,
de vers, de langues, de notes et d’accents ?

Car tous les vers à Sète sont donnés
dans le quartier serré qu’écrase le soleil,
l’ombre des cours où l’on se réfugie,
les ruelles en pente où la poésie s’installe.

Tous les vers de toutes les Méditerranée,
des voix vivantes des émotions suspendues
au fil du bouche à oreille et du vent chaud,
jusqu’aux voix vivaces des peuples en peine.

Les vers sont lumineux et sombres à la fois,
comme le sont en tout pays les âmes têtues
qui n’ont de cesse de chercher avec des mots
l’innocence ou l’espoir qu’elles ont un jour perdu.

Oui, le vertige, les dieux nous l’ont offert
en nous donnant le premier vers.
Depuis, chacun poursuit, s’essayant à tirer
la voix vive et la parole intime vers le chant.

Ainsi, tous nos arrière-pays, un autre les nomme
et l’on respire bien mieux de les savoir habités.
On reçoit tous ces poèmes, et de les écouter,
chacun en secret se sent un peu plus homme.