Je sais. La main tremble sur le clavier. Le poème est encore en morceaux. On connaît déjà le début ou la fin. On sent une vague musique : il s’agit de « découvrir, par hasard et sagacité, des choses qu’on ne cherchait pas » ! On s’ouvre à l’intérieur de soi à des images, des sensations, des émotions. C’est comme « chercher une aiguille dans une botte de foin, et y trouver la fille du fermier » (Julius H. Comroe).


Seule la liberté de chercher donne ce vertige. Et on trouve ce qu’on ne cherche pas. Il en est ainsi dans les sciences (pénicilline, rayons X, Post-it, Viagra, Velcro, micro-ondes, insuline ou Téflon : tout cela trouvé par hasard, par accident par des esprits ouverts et préparés !). Il en est ainsi dans les arts. Et en poésie. Jouez et vous trouverez.

Parfois on parle d’inspiration. Il faut alors suer sang et eau pour fignoler. Travailler chaque mot, chaque expression, chaque mouvement du texte.

Mais vous êtes libre. La poitrine est emplie d’espoir. La vie se soulève en vous en une vague puissante et heureuse. Le poème est advenu.

Merci à Sylvie Catellin. Sérendipité. Du conte au concept. Seuil.

Les lauréats et les jurés du concours se rencontrent lors de la remise des prix à Paris, fin novembre. Moment où des comédiens, des artistes lisent les textes. Occasion pour les représentants des Ministères et des partenaires de partager des moments intenses d’émotions avec les familles et les amis.


Dans ma jeunesse, quand j’ai découvert Rimbaud, Verlaine et les autres, j’ai souvent regretté « d’être arrivé trop tard dans un monde trop vieux ». Tant j’aurais aimé rencontrer ces poètes de leur vivant.

Je me trompais ! Bien évidemment je rencontre les Rimbaud, les Verlaine du XXIème siècle ! Ils sont là parmi nos lauréats, accompagnés d’auteurs aguerris et reconnus. Je partage cette joie avec tous nos amis chaque année.

Les lauréats et jurés eux aussi comprennent d’un seul coup cette chance de croiser d’immenses talents venant de tant de pays différents. A l’heure où vous écrivez solitaire dans votre silence, vous ne devinez pas encore toute la richesse de l’aventure que vous entamez : regardez par la fenêtre et accoudez-vous ! Vous êtes devant le spectacle du monde !

C’est vrai, Poésie en liberté claque comme un slogan en parfaite conformité avec l’ambiance culturelle de ce temps. Pour faire agir, il faut savoir vendre le produit. Et dans la démarche publicitaire, ce sont les slogans qui touchent et font réagir.

Pourtant pour nous,  il ne s’agit pas d’une promesse de bonheur par la poésie. Les poèmes reçus parlent de l’amour et de la mort. Ils sont pétris de souffrance : drames intimes ou collectifs, guerres, violences dans les familles et dans les nations, misères du monde. Avec une lueur d’espoir, un mot qui libère, une étincelle qui fait l’humanité. Aussi de l’humour et des belles histoires. Des récits qui font vibrer.


C’est curieux : le titre de Poésie en liberté a suscité de nombreux commentaires. Souvent sur les rapports entre poésie en liberté. L’histoire de ce choix de titre est pourtant bien triviale.

Lorsque l’équipe du lycée Henri-Wallon à Aubervilliers a proposé un concours de poésie, immédiatement quantité de personnes bien intentionnées y ont vu une occasion de traiter des préoccupations liées aux banlieues. Pourquoi pas des thématiques typiques et « typées » : racisme, intégration, accueil des cultures diverses et toutes ces questions réservées aux pauvres.

On proposerait à tous les jeunes des sortes de dissertations poétiques à thèmes où des récits riches d’émotion se chargeraient de ce que le débat rationnel de l’espace public se sent incapable de porter efficacement depuis si longtemps. Ce n’est pas sans intérêt, certes.
Les promoteurs du concours n’ont pas fait ce choix. Pour eux pas de thème imposé. Pas de paiement pour participer. Pas de contribution pour être publié ou pour recevoir son diplôme de lauréat.

Une forme plus accomplie de liberté : celle de payer son voyage à Paris à la force de sa plume, ou plutôt de son clavier, d’être publié en récompense de sa passion d’écrire.

Liberté de participer : tous les jeunes de 15 à 25 ans, quel que soit leur parcours ou leur pays. Les accidentés, les isolés, les scolarisés ordinaires, les handicapés, les ultra-marins, les jeunes de partout ou de nulle part.
Ainsi vit Poésie en liberté.

Jean-Marc Muller, Président

Il a été créé en 1998. A l’époque la pratique de l’internet était à ses débuts. Proposer d’écrire de la poésie sur ce média était une audacieuse innovation qui a attiré l’intérêt des pouvoirs publics et de plusieurs entreprises. La situation s’est inversée : écrire par clavier est courant, publier un recueil imprimé à l’issue d’une opération électronique est moins habituel. Poésie en liberté publie chaque année. Les textes ainsi retenus commencent leur vie littéraire et donne son originalité au concours.